Surfer sans se fatiguer: la planche de surf électrique

Surfer sans se fatiguer: la planche de surf électrique


Les vagues ondoyantes de la mer du Nord ont beau être poétiques, elles sont tout sauf idéales pour surfer. Mais ça, c’était avant les planches de surf électriques de Surfers Paradise. Cette nouvelle hype nautique colle-t-elle à l’esprit du surf?

Cela fait des années que j’entretiens une relation d’amour-haine avec les sports nautiques. D’amour, parce que pendant les camps de surf et de windsurf de mon adolescence, j’ai goûté au frisson que l’on ressent quand on file sur l’eau à toute vitesse, en parfaite harmonie avec les vagues, la planche et le vent. Et de haine, car mon vécu était à mille lieues de ce que reflétaient les films de surf que j’adorais: pour chaque bonne vague, je devais ramer pendant au moins une demi-heure, parfois sans succès et arriver derrière l’écume avec mon 1,60 mètre relevait souvent de l’impossible quête. Sans parler des lèvres gercées, des cheveux emmêlés, des ecchymoses et des courbatures aux bras: un look d’enfer pour échouer sur la plage en fin de journée. Le look “surf babe”? À d’autres!




“Le défi que représente le fait de hisser la planche au-dessus de l’eau en fait un sport en soi.”

Frank Vanleenhove

Propriétaire de Surfers Paradise

C’est donc avec une certaine méfiance que j’enfile une combinaison de plongée, prête à tester un nouveau sport nautique qui contournerait tous les inconvénients cités plus haut: l’eFoil. Le concept? Une planche électrique avec une hélice et deux ailettes, pilotée par télécommande bluetooth. Le but? Non seulement rester debout sur la planche, mais aussi voler comme sur un tapis magique, à plus d’un demi-mètre au-dessus de la surface de l’eau. La promesse: un kick incroyable, sans devoir ramer une seule fois, ni braver les vagues, ni attendre le vent favorable. Tentant.

Frank Vanleenhove, de Surfers Paradise, a été séduit par le côté fun et l’apprentissage rapide.
©Alexander D’Hiet

“L’eFoil constitue une excellente alternative pour les surfeurs, surtout en Belgique, où il y a rarement de bonnes vagues”, déclare Frank Vanleenhove, propriétaire de Surfers Paradise, le premier club de surf belge. Cet été, outre le golf, le kite et la planche à voile, il proposera des cours privés d’eFoil, une discipline dans laquelle il fera encore une fois figure de pionnier en Belgique – les premières planches eFoil ont fait leur apparition sur le marché international fin 2018. “C’est la hype partout, en Europe et à Hawaï. J’ai été particulièrement séduit par le côté fun et l’apprentissage rapide, même pour les débutants.”

Pour les surfeurs d’eau douce?

L’eFoil: une planche électrique avec une hélice et deux ailettes.

Cette promesse de rapidité tient surtout au lieu de l’action: en effet, ce n’est pas la mer capricieuse, mais les lacs, les rivières et les baies calmes qui deviennent alors le terrain de jeu idéal des eFoilers néophytes. Pour ma part, je me lance au Lakeside Paradise, deuxième succursale du club qui se situe au Put De Cloedt, à Knokke. Après un petit cours de sécurité (“Oui, ce gilet de sauvetage et ce casque peu flatteurs sont obligatoires”), je monte sur la planche depuis un ponton. Tel un phoque paresseux, je m’allonge à plat ventre sur la planche, mais je sens l’adrénaline monter dès la première minute: d’un seul geste sur la télécommande, j’atteins une vitesse de 45 kilomètres à l’heure!

Devoir contrôler le flux avec un appareil satellite n’est pas très intuitif.
©Lift Foils

Dans son canot pneumatique, le professeur m’encourage à passer à la deuxième étape: me redresser et, ensuite, me positionner en diagonale, à vitesse modérée. Avec ses plus de 30 kilos, la planche est assez stable, et je parviens donc étonnamment rapidement à suivre ses directives. Mais quand je prends confiance en moi et augmente la vitesse, voilà ce qui se produit: comme un avion qui décolle, les ailettes propulsent la planche vers le haut et, soudain, je me retrouve en train de voler à un demi-mètre au-dessus du lac. Une seconde plus tard, je perds l’équilibre et plouf, je tombe à l’eau. Deuxième tentative.

Trois wipe-outs plus tard, je remarque que le plus gros problème de l’eFoil, c’est la télécommande. Pour les gamers, c’est probablement un automatisme, mais en ce qui me concerne, j’ai du mal à actionner simultanément le bouton de l’accélérateur et la molette des vitesses. Pour un sport aussi physique, devoir contrôler le flux avec un appareil satellite n’est pas très intuitif. Au bout d’un moment, je sens comme une légère crampe, pas dans les bras mais dans le pouce. Après la tendinite des textos,  voici la tendinite du surf!

Les surfeurs et leur ego




Quel conquérant des mers aguerri voudrait être vu sur une version électrique pour surfeur d’eau douce?

Évidemment, cette “technologisation” du surf suscite un certain scepticisme chez les surfeurs expérimentés. En effet, pour ces puristes, le surf ne se limite pas à surfer sur une vague: ce  sport permet de vivre en symbiose parfaite avec les éléments naturels. Le sifflement du vent, l’attente de la vague, l’abandon de son corps épuisé à la mer, tout cela fait partie de l’aspiration à la chevauchée parfaite. De plus, avec un prix peu engageant (environ 7.000 à 10.000 euros), les eFoils ont tout du joujou pour enfants gâtés. Sans parler de l’image: les eFoilers sont souvent la cible de moqueries sur le profil Instagram “The Kook of The Day”.

Lakeside Paradise, le terrain de jeu idéal des eFoilers néophytes.
©Alexander D’Hiet

En effet, quel conquérant des mers aguerri voudrait être vu sur cette version électrique pour feignasse? “Ah, les surfeurs et leur ego!”, s’exclame en riant Frank Vanleenhove. Ce surfeur invétéré a usé sa planche dans pratiquement tous les spots emblématiques du monde. “C’est un peu comme le vélo électrique: au début, il était destiné aux mamies mais maintenant même les mountain bikers passionnés l’ont adopté.”

De même, alors que les surfeurs étaient loin d’être conquis par les vagues artificielles des piscines à vagues, le complexe de surf de Bristol, au Royaume-Uni, attire désormais les surfeurs du monde entier. “Moi aussi, je préfère le surf ‘pur’, mais toutes ces nouveautés apportent de la variété, et c’est sympa”, ajoute Frank Vanleenhove. Pourtant, il souligne qu’il y a une grande différence entre la planche de surf électrique “classique”, qui a fait son apparition il y a quelque temps déjà, et cette toute nouvelle eFoil, inventée en 2015 par le surfeur portoricain Nick Leason (fondateur de la marque d’eFoils Lift Foils).

Vanleenhove n’a jamais investi dans les premiers: “En raison de la grande résistance de l’eau, la batterie d’une planche de surf électrique classique ne tient qu’une vingtaine de minutes. En revanche, l’eFoil procure plus d’une heure et demie de plaisir. De plus, le défi que représente le fait de hisser la planche au-dessus de l’eau en fait un sport en soi.”

L’idole: Laird Hamilton

Frank Vanleenhove: “Moi aussi, je préfère le surf ‘pur’, mais toutes ces nouveautés apportent de la variété.”
©Alexander D’Hiet

Enfin, les eFoilers disposent d’une arme puissante pour faire taire les critiques: Laird Hamilton, le légendaire casse-cou qui a bravé les vagues les plus hautes et les plus dangereuses du monde, vient de se convertir à la “Tesla des surfeurs”. Son apparition dans de nombreux documentaires a fait de lui une idole au sein de la communauté, et donc la figure de proue idéale pour donner un supplément de glamour à l’eFoil.

“Grâce à cette invention, il devient possible de surfer à des endroits où cela ne l’avait jamais été auparavant. On peut également l’utiliser lorsqu’il n’y a pas de mer à proximité”, témoigne Hamilton dans une vidéo YouTube de Lift Foils. Il utilise son eFoil aussi bien sur les rivières près de son domicile à Hawaï que sur les vagues monstres de Malibu. “Même pour un surfeur expérimenté, cette nouvelle planche permet de repousser ses limites, par exemple en surfant sur des vagues qui, sinon, auraient été impraticables.”

Laird Hamilton témoigne dans une vidéo de Lift Foils.

Cette polyvalence est peut-être le plus grand atout de cette nouvelle hype nautique. Les kite surfeurs peuvent améliorer leurs compétences grâce à l’eFoil, qui leur sert de tremplin vers l’hydrofoil non motorisé. Les surfeurs expérimentés peuvent la faire voler au-dessus des vagues les plus complexes. Les freestylers peuvent s’adonner au ollie, en la faisant rebondir. Et les city-trippers aventureux peuvent se risquer sur les canaux d’Amsterdam et de Berlin sur une eFoil plutôt qu’en bateau touristique, ainsi qu’en témoignent des vidéos abondamment partagées sur YouTube.

“J’ai l’impression de snowboarder sur de la crème fouettée, de patiner sur des nuages.”
©Alexander D’Hiet

En ce qui me concerne, c’est encore l’aspect méditatif de l’eFoil qui me séduit le plus: dès que je parviens à équilibrer la planche dans les airs, parallèlement à la surface de l’eau, le lac en dessous de moi devient silencieux. Tandis que je trace de gracieuses courbes aériennes (du moins c’est ce que je ressens), j’ai l’impression de snowboarder sur de la crème fouettée, de patiner sur des nuages.

Si je n’ai pas pu tenir cette hauteur d’un demi-mètre pendant longtemps, je regarde Frank Vanleenhove avec d’autant plus d’admiration: en toute sérénité, il rase l’eau comme un oiseau, en parfaite harmonie avec le paysage. Sans effort, me semble-t-il. Même si le lendemain, la raideur des muscles des jambes, du ventre et des fesses me rappelle qu’il s’agit là d’un fameux effort tout de même. Mais sans devoir risquer sa vie, son look ou son plaisir.



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