Sander Bos, le Belge de l’émission “Making the Cut” créée par Heidi Klum

Sander Bos, le Belge de l’émission “Making the Cut” créée par Heidi Klum


À voir pendant le confinement: “Making the Cut”, une émission de télé-réalité de mode diffusée sur Amazon Prime. À côté de Heidi Klum et Naomi Campbell, vous pourrez y retrouver le designer belge Sander Bos. C’est même lui le plus jeune participant. “Yesssss girl!”

Supposons que vous soyez un jeune créateur de mode et que vous travaillez chez Quick pour financer votre plan de carrière ambition et votre première collection. Un beau jour, vous recevez un mail pour un concours de mode à la télévision américaine, doté d’un prix d’une valeur d’un million de dollars. Trop beau pour être vrai?

C’est aussi ce qu’a pensé Sander Bos (25 ans). Le Belge se souvient: “Je pensais que c’était un spam, donc je ne répondais pas. Mais les mails ont continué à arriver dans ma mailbox, alors j’ai fini par accepter une interview sur Skype, tout en continuant à penser que c’était une arnaque…” Sauf que pas du tout.

Académie de la mode d’Anvers

Sander Bos est le plus jeune participant de l’émission de télé-réalité américaine “Making the Cut”.
©Louis Kerckhof

Diplômé de l’Académie de la mode d’Anvers, Sander Bos fait partie de la même promotion que Rushemy Botter (qui crée pour Nina Ricci) et Raphaële Lenseigne (de la marque de chaussures Adult Antwerp). Lorsqu’en 2018, après ses études, le jeune homme passe à côté d’un poste d’enseignant dans une université en Chine et se retrouve chez sa mère, à Hasselt, il doit revoir ses plans.

“Je me suis dit et puis merde, crée ta propre marque et commence par ce qui te manque: le capital.” Le lendemain, j’emménageais dans une colocation à Anvers, tout content d’être dispensé de payer le loyer de 350 euros le premier mois et de pouvoir le reporter au mois suivant.” C’est dire si les temps sont durs.

Il cherche un boulot et en trouve au Quick. L’avantage, c’est que les horaires fixes et la responsabilité limitée ne sont pas un obstacle à son ambition, fonder sa marque de mode. S’il avait trouvé un job de vendeur dans une boutique de vêtements, cela aurait interféré. Peu lui importe que certains regardent son travail de haut.




“Sur son lit de mort, on n’en a plus rien à foutre d’avoir passé un an à bosser au Quick”

“Dans notre école, on voit parfois des gens qui commencent à se la péter -il prend un ton hautain pour les singer: moi, j’ai étudié à ‘The Antwerp Fashion Academy. Bonjour la frime! Si vous vous croyez trop bons pour travailler et que vous attendez que Saint Laurent vous appelle, ça ne marchera jamais.”

“Il faut se débrouiller tout seul! Il y a trop d’artistes qui tombent dans l’oubli parce qu’on ne les voit jamais. Sur son lit de mort, on n’en a plus rien à foutre d’avoir passé un an à bosser au Quick”.

‘Making the Cut’

Il poursuit: “Mes créations se sont développées de manière organique, comme celles d’un artiste, parce que mes (petits) revenus me permettaient de ne pas devoir me préoccuper de les vendre ou pas. Les chemises blanches et les pantalons beiges faciles à vendre, ça n’était pas nécessaire.”

Par contre, il crée des collections expérimentales et, parfois, il vend une pièce. Une de ses clientes est l’épouse de Luc Tuymans, qui avait découvert sa collection. Certaines de ses pièces se retrouvent sur Instagram et c’est là qu’il est repéré par les réalisateurs de l’émission “Making the Cut’”

“Et par Heidi Klum”, sourit Bos. “Il y a deux ans, j’avais fait une collection jaune, avec des dessins d’une artiste de Hasselt. Elle a été repérée et repostée sur Instagram par le Council of Fashion Designers of America, autrement dit le conseil américain de la mode.” C’est ainsi qu’elle est arrivée jusqu’au bureau de l’équipe de casting de Heidi Klum et Tim Gunn. Et c’est cette même équipe qui lui a envoyé ces e-mails louches.




“Quand Naomi Campbell est émue, c’est vrai.”

Nous sommes en 2018. Après 16 saisons, la top model germano-américaine et le fashion gourou américain annoncent qu’ils arrêtaient “Project Runway”, une émission culte consacrée à la mode, produite par The Weinstein Company, une société engluée dans les suites de #MeToo.

En collaboration avec Amazon (la boutique en ligne propose également du contenu avec la production de shows), Klum et Gunn créent “Making The Cut”. Ce nouveau concours pour créateurs de mode, qui compte Naomi Campbell, Carine Roitfeld et Chiara Ferragni dans le jury, sera diffusé dès demain sur la plateforme en ligne Amazon Prime.

Célébrités sincères

Parmi les concurrents, il y a donc Sander Bos. Dès janvier 2019, il participe aux castings à Los Angeles. “Au début, nous étions cinquante et j’étais convaincu que je ne serais pas retenu parce que j’étais trop jeune. Finalement, je suis le plus jeune participant. Le plus âgé a 65 ans. Lors de ma dernière année à l’académie de la mode, je n’étais pas nerveux, car j’aimais l’école et je me disais que la vraie vie commence! Mais pour ce show, qu’est-ce que j’étais stressé! Pas à cause de la mode -je ne stresse pas pour la création- mais pour les caméras.”

Le Belge est expressif. Il faut s’imaginer les déclarations précédentes débitées sur un staccato d’enfer, émaillé de “girrrrl”, “yasss”, “uhuh!”, de claquements de doigts et grimaces: “Qu’est-ce que je viens encore de sortir, me disais-je en levant les yeux au ciel. Internet va me bouffer tout cru quand tout sera en ligne!”

“On veut être soi-même tout en faisant bonne impression à la télé, mais, une fois sur place, ce n’est plus si compliqué à partir du moment où les caméras se mettent à tourner et qu’on se rend compte que ces célébrités sont de vraies personnes. Des personnes sincères: quand Tim Gunn dit qu’il veut trouver une nouvelle ‘global brand’, il le pense vraiment. Et quand Naomi Campbell est émue, c’est vrai.

Bien que le jeune homme ait passé une saison entre New York, Los Angeles, Tokyo et Paris, c’était plus cool que travailler à la maison. La télé implique beaucoup d’attente entre deux scènes. “Dans la vie réelle, je ne travaille pas non-stop dans mon atelier: je me lève à six heures, je travaille, je couds, je marche et je cours.”

“Après avoir terminé le dernier service, au Quick, je suis parti pour l’Amérique, à 4 heures du matin. À partir de là, curieusement, tout est devenu plus relax: des repas au transport, tout était organisé. Quand on vient de la dure réalité du monde du travail, c’est le rêve!”

Malgré son caractère speedé, il n’est pas le participant le plus typique du show de télé-réalité. Il trouve même ces émissions ennuyeuses quand il n’y participe pas: “Avant, ma sœur squattait la télé pour ‘Project Runway’. Qu’est-ce que j’ai pu détester ça!”

Margiela meets Versace

Le jeune créateur a envisagé sa participation au nouveau show d’Heidi Klum avant tout comme une opportunité professionnelle pour sa marque: “Je ne me serais jamais porté spontanément candidat pour ce genre d’émission. La célébrité n’est pas mon ambition: je serais parfaitement heureux si personne ne me connaissait.”

Évidemment, depuis lors, sa vie a changé. “On m’appelait pour un pot de mayonnaise et, moins de 24 heures plus tard, je me trouvais face à Naomi Campbell. C’est vrai, j’avais parfois envie de dire aux clients du Quick: vous n’avez même pas idée de tout ce que j’ai fait!”

Pourtant, sa vie n’a pas tant changé que ça: aujourd’hui, Bos travaille de nouveau au Quick. “Faire de la mode une activité complémentaire est finalement plus intéressant sur le plan économique. Je ne prendrai de nouvelles décisions qu’après le show.”




“Sur son lit de mort, on n’en a plus rien à foutre d’avoir passé un an à bosser au Quick”

Que ce soit avec un million de dollars en poche ou pas, ses plans pour l’avenir vont se concrétiser dans son atelier de Berchem. Ses icônes? “Si Gianni Versace et Martin Margiela faisaient un bébé et le faisaient adopter par Alexander McQueen, ce serait lui: voilà ce que m’avait un jour déclaré un copain. Je me suis souvenu de cette phrase. En effet, ce sont ces trois créateurs qui ont trouvé l’équilibre parfait entre l’art et la mode, et c’est aussi la voie que je voudrais suivre.”

Une robe qu’il a réalisée avec sa sœur, professeur de design textile à la Zuyd Hogeschool de Maastricht, trône devant la cheminée en vue d’une exposition solo entre mode et art à Borgloon au mois de juin. Contre le mur, on peut voir des pancartes pour une collection ‘Miss Boss Hamburgers’.

Il poursuit: “J’ai appris que le branding fait toute la différence”. Et sur le porte-manteau sont suspendues de volumineuses robes en coton épais, taillées comme un T-shirt qui tombe des épaules: elles font partie de sa première collection portable, présentée le 27 mars, le jour de la première diffusion de l’émission.

“Et c’est la première fois que ma marque se trouvera sous le feu des projecteurs au niveau mondial. Ce serait trop con de ne pas en tirer parti!” Avec un sourire théâtral: “I may sound dumb, but I ain’t that dumb!”



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