Marie Kondo explique comment ranger son bureau

Marie Kondo explique comment ranger son bureau


Dans son dernier livre, Marie Kondo, la gourou du rangement à la japonaise, nous guide pour faire de notre bureau à domicile un espace bien ordonné où règnent le calme et la concentration.

Bien entendu, Marie Kondo est pile à l’heure à notre rendez-vous. Ici, il est sept heures et demie du soir, mais il est midi environ à Los Angeles, où la gourou japonaise du rangement s’est établie, lorsqu’elle apparaît comme convenu sur l’écran de mon laptop. Elle paraît très détendue, mais tout en retenue.




À peine quatre personnes s’étaient inscrites au premier séminaire de Marie Kondo, dont deux ont annulé à la dernière minute.

Kondo semble venue d’un autre monde, du moins si on la compare à ceux qui apparaissent simultanément à l’écran: sa traductrice dans un coin et moi dans l’autre. Ses mains sont parfaitement manucurées et, en cette période de confinement mondial, elle a manifestement déjà très bien intégré les consignes: pas une seule fois elle ne touchera son visage. Ses mains, elle les utilise tout au plus pour effectuer un mouvement afin d’expliquer quelque chose ou montrer que seuls un bloc-notes et son MacBook Air or rose sont visibles sur sa table de travail.

On pourrait croire que la perfectionniste est faite pour ce genre de crise. Il faut dire que sa famille -son mari Takumi et leurs deux filles de trois et quatre ans- n’a pas été touchée. Chez elle, pas de stockage débridé. Pas d’auto-isolement chaotique. Sa mission dans la vie a été claire dès qu’elle a découvert, à cinq ans, qu’elle avait un talent pour créer la sérénité et le calme grâce à l’ordre et à la propreté. Et en gardant uniquement les objets qui nous apportent “une étincelle de joie”, comme elle se plaît à le dire.

La magie du rangement

Tous ceux qui ont lu “La magie du rangement”, son premier livre sorti en 2011 et qui s’est vendu à dix millions d’exemplaires, peuvent le confirmer: la méthode KonMari rend vraiment plus heureux, plus léger et plus calme. Faites un bon tri dans vos affaires, prenez soin de ce dont vous avez vraiment besoin et jetez le reste. En cette période, c’est plus important que jamais, explique la souriante Japonaise.




“Cette pandémie permet de réfléchir à la façon dont nous voulons mener le reste de notre vie. En rangeant notre maison, nous découvrons ce qui est le plus important pour nous.’

“Il y a énormément de peur dans le monde en ce moment. J’ai le sentiment que nous avons un grand besoin d’introspection, que nous devons nous interroger sur la façon dont nous voulons mener le reste de notre vie”, déclare-t-elle de sa voix douce et musicale, par l’intermédiaire de sa traductrice.

“Une des possibilités d’y arriver, c’est de ranger sa maison. En effet, au cours de ce processus, on découvre ce qui compte vraiment pour nous. Cela nous permet de maîtriser réellement l’environnement que nous devons pouvoir maîtriser et d’être ainsi une vraie solution.”

Kondo est lancée. “C’est un processus qui vous fait comprendre clairement ce qui se passe en vous. Mieux vous y parvenez, plus vous envisagerez le monde avec sérénité, même si vous avez le sentiment que la société est contaminée par la peur et l’agitation: vous voyez ce qui vous attend. Et en pensant aux personnes et aux objets que vous avez dans votre vie, vous éprouvez un sentiment de gratitude, un effet calmant à la clé.”

Clean desk policy




“La seule chose que vous puissiez garder sur votre bureau, c’est ce dont vous avez vraiment besoin pour ce que vous avez à y faire.”

Ironie du sort, le livre dont nous voulons nous entretenir avec Marie Kondo porte sur un lieu où beaucoup d’entre nous ne peuvent pas se rendre en cette période de confinement: notre lieu de travail. “Joy at work: Organizing Your Professional Life”, quatrième spin off de son premier best-seller, a été écrit en collaboration avecle professeur de management Scott Sonenshein. Elle y explique comment aménager son lieu de travail domestique et gérer la charge numérique. Comment mettre de l’ordre dans son smartphone, son ordinateur et même son agenda.

Joy at work’: Organizing Your Professional Life’ est le quatrième spin off de son premier best-seller.
©Courtesy Marie Kondo

Le moment est bien choisi, car nous sommes nombreux à devoir aménager un petit bureau à la maison, ce qui nécessite de libérer un espace tant physique (la pièce) que mental (le calme et la concentration) alors que nous sommes  confinés H24 avec nos proches dans un espace limité.

Évidemment, Marie Kondo a écrit son livre bien avant avant que la crise du Covid-19 ne soit déclarée. Néanmoins, une grande partie de ce qu’elle y explique peut s’appliquer à l’installation d’un bureau à domicile. Comme, par exemple, les trois règles d’or du bureau.

Règle 1: attribuez une place à chaque objet et rangez par catégorie. Règle 2: utilisez des boîtes de rangement et empilez-les pour gagner de la place. Règle 3: n’entassez rien sur votre bureau: c’est votre espace de travail. “Votre bureau n’est pas une armoire pour ranger des objets. La seule chose que vous puissiez garder sur votre bureau, c’est ce dont vous avez vraiment besoin pour ce que vous avez à y faire, travailler ou étudier.”

Rituel spirituel




“Pendant que mes mains nettoyaient, je pouvais me vider la tête et méditer un moment.”

La règle 3 peut être interprétée avec une certaine flexibilité. Les stylos peuvent se trouver dans un organisateur déposé sur la table et ne doivent pas nécessairement être rangés dans un tiroir. On peut aussi y déposer un objet qu’on aime ou une plante. “Cela a un effet apaisant lorsqu’on réfléchit à quelque chose”, affirme-t-elle.

En plus de ces trois règles, il y a un rituel qu’elle avait instauré à l’époque où elle travaillait encore dans un environnement de bureau, et qui peut s’avérer utile pour ceux qui souhaiteraient rester alertes quand ils travaillent à domicile, même une fois la crise sanitaire terminée: lorsqu’on arrive sur son lieu de travail, le matin, on commence par dépoussiérer le dessus de son bureau, son ordinateur, la souris, le clavier et son téléphone.

Le lundi, quand commence une nouvelle semaine, on peut même procéder de manière un peu plus approfondie: on nettoie aussi les pieds de sa  chaise, les câbles sous son bureau, etc. “On a l’impression que c’est beaucoup de travail, alors que cela ne prend pas plus d’une minute”, écrit-elle.

“Ainsi, tout est impeccable. Pour moi, c’était un monde de différence: l’atmosphère étant plus détendue, il était plus facile de me mettre au travail. Et pendant que mes mains nettoyaient, je pouvais me vider la tête et méditer un moment, un rituel qui permettait à mon esprit de passer très facilement en mode travail.”

La méthode KonMari

Marie Kondo était encore étudiante quand elle crée une petite entreprise spécialisée dans le rangement. Très vite, elle a tellement de clients qu’elle a dû établir une liste d’attente. Ensuite, les personnes qui attendaient ses services se sont mises à la supplier d’écrire un livre, afin d’obtenir ses conseils. Kondo décide  donc de s’y mettre et, trois mois plus tard, le livre était prêt.

Comment tout cela a-t-il commencé? Elle a déjà raconté que, enfant, ses parents avaient fini par lui interdire de ranger plus souvent parce qu’alors, elle jetait trop de choses. Ironie du sort, c’est sa mère qui lui a transmis cette manie du rangement: “Elle était constamment occupée par son ménage, et cela semblait lui procurer toujours énormément de plaisir!”

La méthode KonMari rend plus heureux, plus léger et plus calme.
©Courtesy Marie Kondo

Elle m’explique comment le fait de ranger et, surtout, de jeter des objets inutiles, était pour elle une forme d’éveil spirituel. La Japonaise a déjà confié que, quand elle rentrait de l’école, elle cherchait des objets à jeter dans le sac en plastique qu’elle avait emporté. “Un jour, j’ai ouvert la porte de ma chambre: elle semblait sombre et confuse.”




“Ce qui est primordial, ce n’est pas tant de savoir que jeter, mais plutôt de savoir que garder.”

“Je me suis dit: ‘Je déteste tout ce qui se trouve dans cette pièce, je vais tout jeter parce que je ne veux plus jamais devoir le ranger.’ Et je me suis écroulée. Quand je me suis réveillé deux heures plus tard, tout semblait magnifiquement ordonné. C’est alors que j’ai réalisé que ce qui est primordial, ce n’est pas tant de savoir que jeter, mais plutôt de savoir que garder.”

C’est peut-être cela le grand malentendu de la méthode KonMari: nous ne sommes pas censés jeter la plupart de nos possessions. Ce qui nous amène aussi à l’aspect plus spirituel de sa philosophie: avant de jeter quelque chose, Kondo veut que l’on remercie l’objet pour tout ce qu’il a fait ou signifié pour nous. Chaque soir, en rangeant son portefeuille, elle le remercie.

Femme d’affaires

Lorsqu’elle est à l’université, elle réalise qu’elle peut envisager sa méthode de rangement à plus grande échelle. “J’allais chez des amis, je mettais un peu d’ordre dans leur maison et, très vite, cela a pris de l’ampleur. Des gens que je ne connaissais même pas me disaient ‘Je vous payerai pour que vous m’appreniez à organiser ma maison’. Cela m’a fait comprendre que je pourrais peut-être toucher un public plus large, et c’est ainsi que j’ai fondé cette petite entreprise. Mais, au début, elle ne s’est pas développée aussi rapidement que je l’espérais.”

L’art de transformer son bureau en oasis de sérénité façon Marie Kondo.
©Courtesy Marie Kondo

Kondo est dans la moitié de la vingtaine lorsqu’elle quitte son job ennuyeux dans une agence pour l’emploi afin de se consacrer à plein temps à son entreprise. À peine quatre personnes s’étaient inscrites à son premier séminaire, dont deux ont annulé à la dernière minute.

Un moment qu’elle considère aujourd’hui comme douloureux, mais qui lui a aussi fait prendre conscience du fait qu’elle devait examiner la question de manière rationnelle, et qu’un peu de marketing serait nécessaire. C’est ce qu’elle fait et c’est ainsi que les groupes auxquels elle enseignait le rangement sont devenus de plus en plus importants.

La rançon de la gloire

Avec la publication de son premier livre, la pression augmente également. “La pression d’être toujours cette Marie heureuse et joyeuse”, explique-t-elle. “Je me mettais des bâtons dans les roues en me répétant constamment que je devais être joyeuse, sans quoi je n’aurais pas le droit de diffuser mon message à travers le monde.”

En 2015, quand les ventes de ses livres dépassent les dix millions d’exemplaires, Time Magazine l’intègre à sa liste des cent personnalités les plus influentes. Les offres affluent des quatre coins du globe et elle en accepte un maximum. Elle est alors enceinte de son premier enfant et, finalement, tout cela commence à prendre des proportions démesurées. Dans ‘Joy at work’, elle explique comment elle a réalisé qu’elle ne pouvait plus continuer comme ça.

Aujourd’hui, elle maîtrise la situation de A à Zen. Son mari, qu’elle a rencontré pendant ses études, s’est-il inquiété de voir sa célébrité croître à la vitesse de l’éclair? L’homme qui est aujourd’hui le CEO de KonMari Media apparaît à l’écran et déclare: “J’étais un peu inquiet de la façon dont elle allait gérer toute cette attention et le fait d’être célèbre. Cela me préoccupe toujours d’ailleurs. Marie est quelqu’un qui aime rester à la maison, elle est même un peu introvertie.”

“Nous essayons donc de passer un maximum de temps ensemble, afin qu’elle n’ait jamais l’impression d’être seule à devoir gérer tout ça. Je souhaite toujours savoir ce qu’elle ressent, comment elle vit les choses. Non seulement elle a créé une méthode, mais elle doit aussi pouvoir la communiquer. Et pour ce faire, je remarque qu’elle doit être protégée.

Il est temps de conclure. Je demande combien cela me coûterait de la faire venir en Europe pour quelques conseils. Kondo hausse les épaules: “En fait, je ne sais pas, parce que je ne donne plus de cours particuliers.” Son mari réapparaît et sourit: “Elle n’a pas de prix!”



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